samedi 13 janvier 2018

APRÈS LA CHUTE / Dennis Lehane


Après la chute, Paris, Payot & Rivages, 2017, 457 p. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Isabelle Maillet :  Since We Fell.

Né en 1965, Dennis Lehane, Américain d'origine irlandaise, est l'auteur de nombreux romans policiers dont quatre ont été adaptés au cinéma : Mystic River, Gone, Baby Gone, Shutter Island et Ils vivent la nuit. Ses cinq premiers romans mettent en scène un couple de détectives privés amoureux, Kenzie et Gennaro, sur fond d'humour noir.

Une autre série de romans policiers historiques met en lumière le clan Coughlin et les forces policières de la ville de Boston après la Première guerre mondiale : Un pays à l'aube, Ils vivent la nuit et Ce Monde disparu.

Ce nouveau thriller psychologique tient de la veine mystérieuse de Shutter Island. Si l'écriture « musicale » de Lehane est toujours efficace (tout le roman s'appuie sur le standard de jazz Since I Fell For You, composé en 1945), malheureusement, les ficelles sont grosses et les couleuvres difficiles à avaler...

Divisé en trois parties : Rachel dans le miroir 1979-2010 ; Brian 2011-2014 ; Rachel dans le monde 2014, ce roman tarde à prendre son envol, alourdi par une première partie laborieuse. La suite apparaît pour le moins rocambolesque.

7/10 Dennis Lehane, "Après la chute", "Since We Fell", "Since I Fell For You", "Roman policier américain", "Thriller psychologique"

mardi 9 janvier 2018

LA SORCIÈRE / Camilla Läckberg

La Sorcière, Arles, Actes Sud, coll. « Actes noirs », 2017, 700 p. Traduit du suédois par Rémi Cassaigne : Häxan.

Dixième volet de la série Fjällbacka (petit port de pêche où Ingrid Bergman a souvent séjourné et lieu de naissance de l'auteure, en 1974), mettant à nouveau en vedette le couple marié Erica Falck (écrivaine) et Patrik Hedström (inspecteur de police).

Échelonné sur trois époques, ce roman policier demande une lecture continue, car vous risquez, après quelques jours d'abstinence, de ne plus vous y retrouver entre les noms des lieux et des personnages, d'une époque à l'autre : 1671-1672 (Bohuslän) (celle de la sorcière éponyme) ; 1985 : l'Affaire Stella Strand ; 2015 : l'Affaire Linnea Berg. Ces deux fillettes de quatre ans, à trente ans d'intervalle, seront tour à tour assassinées et abandonnées dans un étang, toutes les deux vivant dans la même ferme, à des époques différentes, bien entendu.

Parallèlement à cette enquête, Marie et Helen, adolescentes de treize ans en 1985, alors reconnues coupables du meurtre de Stella, se retrouvent à Fjällbacka en 2015, Marie, star hollywodienne, pour y interpréter dans un film le personnage d'Ingrid Bergman, alors qu'Helen n'a jamais quitté cette ville, le tout pimenté d'immigrants syriens qui cherchent à s'installer et à refaire difficilement leur vie en Suède.

Un peu compliqué, un peu lourd, pour le moins prévisible que tout cela, d'autant plus que la première époque, à part justifier le titre de l'oeuvre, n'apporte rien à cette enquête et répète sensiblement ce que beaucoup d'autres ont écrit sur la sorcellerie et le traitement réservé aux femmes trop libres et trop intelligentes...

Bref, ce n'est pas le meilleur des ouvrages de Camilla Läckberg. Je vous recommande plutôt Le Dompteur de lions, publié en 2016, toujours chez Actes Sud.

8/10 Häxan, "Polar suédois", "Roman policier scandinave"



vendredi 5 janvier 2018

UN PERSONNAGE DE ROMAN / Philippe Besson

Un personnage de roman, Paris, Julliard, 2017, 247 p.

Philippe Besson, auteur de dix-sept romans, revient sur les neuf mois de campagne qui ont précédé la conquête de l'Élysée par Emmanuel Macron. 

« Je connaissais Emmanuel Macron avant qu'il ne se décide à se lancer dans l'aventure d'une campagne présidentielle. Et quand il m'a exprimé son ambition d'accéder à l'Élysée, j'ai fait comme tout le monde : je n'y ai pas cru.

J'ai pensé : ce n'est tout simplement pas possible.


Pourtant, au fil des mois, au plus près de lui, de son épouse Brigitte et de son cercle rapproché, sur les routes de France comme dans l'intimité des tête-à-tête, j'ai vu cet impossible devenir un improbable, l'improbable devenir plausible, le plausible se transformer en une réalité.


C'est cette épopée et cette consécration que je raconte. Parce qu'elles sont éminemment romanesques et parce que rien ne m'intéresse davantage que les personnages qui s'inventent un destin. »


(Quatrième de couverture)

La politique lue comme un roman... D'emblée, je dois avouer ma fascination pour le personnage d'Emmanuel Macron, cet Eugène de Rastignac (personnage d'Honoré de Balzac), qui a mouché tous ses adversaires dans la course à la présidence française, après avoir créé la République En Marche !,
parti politique social-libéral français lancé le 6 avril 2016.

Entre « la zénitude et la coolitude » (p. 119), l'éventail des opinions, entre partisanerie, opposition radicale, indifférence et méfiance, est très vaste. Peu importe ce que l'on pense d'Emmanuel Macron, l'homme politique, il n'en a pas moins fait bouger les lignes républicaines d'une France qui semblait jusqu'ici inamovible, engoncée dans ses traditions. Le temps nous dira si ce « bal des faux culs » (p. 115) (pour parler des politiciens en général) se terminera sur un faux-pas.

« [...] les onze candidats à l'élection présidentielle publient leur déclaration de patrimoine. Où l'on apprend que les trois champions de la défense des « petites gens » et de l'incarnation de la « France réelle », c'est-à-dire Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Nicolas Dupont-Aignan, sont les plus fortunés et qu'Emmanuel M., supposé candidat de l'argent et suppôt de la finance mondialisée, fait figure de parent pauvre. » (p. 174-175)

J'ai beau avoir suivi cette campagne électorale et en connaître les résultats, j'ai pris un grand plaisir à me replonger dans ce récit où Emmanuel Macron apparaît plus grand que nature, plus « jupitérien » que jamais. Et ça se lit comme un roman...

« Décidément, [...] cet homme-là est un personnage de roman. Celui qui incarne l'ambition dans les récits d'aventures et d'action, celui qui cherche à affronter le monde dans le roman réaliste, celui qui, soumis aux élans et aux affres de la passion, s'invente un destin dans le grand mouvement du romantisme. » (p. 229)

Quelques perles macroniennes :

« Reconnaître les souffrances des uns se fracasse sur celles des autres. » (p. 136)

« Le reste n'est même pas de la littérature. » (p. 115)

8,5/10 Emmanuel Macron, Philippe Besson, "Politique française", "République En Marche !" 

mardi 2 janvier 2018

LA SOIF / Jo Nesbo

La Soif, Paris, Gallimard, coll. « Série noire », 2017, 605 p. Traduit du norvégien par Céline Romand-Monnier : Torst.

Heureuse lectrice, heureux lecteur qui ne connaissez pas encore les romans noirs de Jo Nesbo..., et surtout sa série avec l'inspecteur Harry Hole (une douzaine de titres), dont le terrifiant Bonhomme de neige, adapté récemment au cinéma (il vaut mieux le lire que le voir, semble-t-il...). Un conseil, commencez par le premier ouvrage, l'Homme chauve-souris, ce qui vous permettra de suivre l'évolution physique et morale de l'inspecteur, de ses collègues et de ses proches.

Né en 1960 à Oslo, Jo Nesbo fait mouche par son sens de l'intrigue, ses rebondissements imprévisibles, et surtout par un humour féroce et désopilant. Son héros, désormais instructeur à l'École de police, revient sur le terrain afin de tenter de résoudre la seule enquête non résolue de sa carrière, défié par le vampiriste qu'il avait capturé il y a plusieurs années, le tout sous la figure tutélaire d'Othello, drame shakespearien sur la jalousie et l'ambition.

« [...] Et la soif est comme un incendie, c'est pourquoi on parle de l'éteindre. Tant qu'elle n'est pas éteinte, elle continue de dévorer tout ce qu'elle touche. [...] » (p. 206)

Un thriller à dévorer !

 9/10 Jo Nesbo, "Thriller scandinave", Othello, William Shakespeare, "Polar norvégien"

samedi 30 décembre 2017

LES DÉSORDRES AMOUREUX / Marie Demers

Les Désordres amoureux, Montréal, Hurtubise, 2017, 253 p.

« La grande brûlée des sentiments » sévit à nouveau dans ce deuxième « roman » (lire mon blogue du 24 juin 2017, à propos de In Between). L'auteure-narratrice, « Marianne le météorite d'émotions ? » (p. 127) (qui s'appelait Ariane dans le premier roman...), poursuit sa quête amoureuse, au Québec et en Colombie, sa re-conquête d'elle-même.

Autant Ariane apparaissait révoltée contre ses proches, à la suite du décès prématuré de son père, autant Marianne est ici entièrement habitée, hantée par l'écriture et par ses amours impossibles.

C'est l'écriture qui la sauve, qui lui permet de sur-vivre, qui donne à son autofiction une force que les événements racontés, banals en soi, n'auraient pas sinon.

« Parce que l'extase de l'écriture. [...] La découverte d'une solitude tellement habitée. » (p. 187)

Les dialogues, l'utilisation fréquente d'expressions anglaises et espagnoles, un humour noir, un cynisme sans failles, face aux autres et envers elle-même, conjugués à une déconstruction du temps et de l'espace, tout cela concourt à donner un ton unique aux mésaventures de Marianne, serveuse et amoureuse éconduite, à la recherche d'un bonheur utopique, qui n'en dénonce pas moins, mine de rien, le sexisme et le machisme ambiants.

« [...] J'avais peur. Le bonheur comme danger supplémentaire. Je le perdrais encore. Avant de le retrouver.

Le trouver et le perdre. À l'infini. » (p. 250)

Si l'autofiction littéraire constitue un genre en voie de saturer les rayonnages, tant au Québec que dans la francophonie, n'hésitez pas pourtant à plonger dans les deux premiers « romans » de Marie Demers, pour le plaisir de découvrir une écriture jeune (l'auteure est née en 1986), féroce, révoltée, imprégnée d'émotion et de réflexion, sans compromis, et pour le plaisir de découvrir une véritable écrivaine.

« [...] j'autofictionne seulement. Je m'écris. [...] C'est un « moi » rêvé, réinventé. Parfois plus nuancé, parfois extravagant et fou. » (p. 186)

« [...] Ce pouvoir de fabriquer de l'universel à base d'intime. [...] » (p. 114)

P.S. À la page 190, l'auteure attribue à tort à Guy de Maupassant la paternité d'On ne badine pas avec l'amour d'Alfred de Musset. Étonnant pour une diplômée de l'UQÀM en études littéraires et pour un éditeur qui dormait sans doute au gaz...

P.S. 2 La photo de Marie Demers a été prise par Hugo-Sébastien Aubert, La Presse.

9/10 Marie Demers, Autofiction, "Roman québécois", "In Between"

dimanche 24 décembre 2017

L'ANNÉE DU LION / Deon Meyer

L'Année du lion. Les mémoires de Nicolas Storm sur l'enquête de l'assassinat de son père, Paris, Seuil, [2016] 2017, 630 p. Traduit de l'afrikaans et de l'anglais par Catherine Du Toit et Marie-Caroline Aubert : Koors.

« Le mystère original qui accompagne tout voyage est le suivant : comment le voyageur est-il arrivé au point de départ ? » Louise Bogan



Né en 1958, Deon Meyer a écrit une dizaine de best-sellers, des polars, qui se déroulent tous en Afrique du Sud, ce qui est aussi le cas de ce roman « post-apocalyptique ».

Après qu'une fièvre inconnue eut décimé 95 % de la population mondiale, Willem Storm, le père de notre héros, Nicolas, que l'on voit évoluer de 13 à 17 ans, fonde, après maintes pérégrinations, une nouvelle colonie, Amanzi, qui parviendra à se développer et à subvenir à ses besoins, malgré les nombreuses attaques de bandes de pillards.

Deon Meyer a un réel talent pour tenir le lecteur en haleine, structurant son récit entre les réminiscences de Nicolas Storm et les extraits d'entretiens menés par son père et Sofia Bergman auprès des membres de la communauté d'Amanzi, multipliant ainsi les pistes et les points de vue.

Mais, déception !, la fin de cette « fresque épique dotée d'un souffle incontestable » (Yan, blogue publié le 9 novembre 2017 dans Encore du noir !) tombe à plat, un deus ex machina éclairant toutes les zones d'ombre et fournissant des réponses à l'inexplicable. Le voyage prend fin brutalement, au grand dam du lecteur qui n'en demandait pas tant...

7,5/10 Koors, "L'Année du lion", Deon Meyer, "Roman post-apocalyptique", "Afrique du Sud"

lundi 11 décembre 2017

LES SUICIDÉES / Val McDermid

Les Suicidées, Paris, Flammarion, [2015] 2017, 415 p. Traduit de l'anglais par Perrine Chambon et Arnaud Baignot : Splinter the Silence.

Je renvoie les lecteurs et les lectrices au texte publié dans ce blogue, lors de la publication en français de son roman précédent, Une victime idéale (Cross and Burn), dans lequel je situais la place majeure de Val McDermid dans la littérature policière.

Les Suicidées sont dans la continuité de ce dernier roman qui mettait en scène le couple Carol Jordan et Tony Hill. Ce n'est pas tant la résolution des meurtres en série qui captive ici, mais bien la reconstitution de l'équipe de Carol Jordan, la Brigade d'enquêtes prioritaires autonome, les retrouvailles avec une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres et, surtout, le rapprochement entre Jordan et Hill.

Nous les retrouvons donc tentant d'élucider une série de suicides de féministes, victimes de cyber harcèlement, suicides reproduisant ceux d'écrivaines célèbres : Virginia Woolf, Sylvia Plath, etc. Là aussi, une hackeuse de génie, Stacey Chen, parviendra à résoudre cette enquête.

9/10 Val McDermid, "Roman policier", "Meurtres en série", "Splinter the Silence", "Les Suicidées", "Thriller psychologique"





vendredi 8 décembre 2017

LE JOUR D'AVANT / Sorj Chalandon


Le Jour d'avant, Paris, Grasset, 2017, 332 p.

« À la mémoire des 42 mineurs morts à la fosse Saint-Amé de Liévin-Lens, le 27 décembre 1974. »

Le ton est donné. Attention, fidèle lecteur, fidèle lectrice, il ne s'agit pas ici d'un essai sur l'atroce condition des mineurs, mais bien d'un roman, palpitant, magnifiquement écrit, qui vous serrera le coeur et les tripes, qui vous bouleversera et vous renversera...

De 1974 à 2017, l'auteur dessine le destin de Michel Flavent (16 ans), le frère de Joseph « assassiné par les Houillères à l'âge de trente ans » (p. 42), dans le Nord-Pas-de-Calais, jusqu'à son internement en 2017, à l'âge de 59 ans, sous le nom de Michel Delanet.

Ce roman, puisqu'il s'agit bien d'un roman, combine les codes du polar (vengeance, procès) au roman psychologique et au documentaire, le tout enrobé dans une langue précise, détaillée et une écriture fragmentée, nous faisant ainsi découvrir la réalité d'un monde inconnu, sinon par le biais lointain de Germinal d'Émile Zola.

Disparition d'un monde ouvrier, procès du capitalisme triomphant, lutte des classes, Chalandon dénonce « l'injustice ajoutée à la douleur » (p. 80), expose « le grand drame [qui] a effacé le petit » (p. 265). Tout comme dans le Quatrième Mur (2013) (prix Goncourt des Lycéens), l'auteur joue avec adresse de la temporalité, multipliant les allers-retours dans le temps. Au lecteur d'être attentif pour ne pas perdre le fil du récit...

Dois-je préciser que j'ai adoré ce roman et que je le recommande fortement, même si l'univers décrit est dur, noir comme ces « hommes à gueule de charbon » (p. 33).

« C'est comme ça la vie. »

Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset.

EXTRAIT :

« Venge-nous de la mine », avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis. À sa mort, mes poings menaçant le ciel. Je n'ai jamais cessé de le lui promettre. J'allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J'allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n'avaient jamais payé leurs crimes. J'allais rendre leur dignité aux sacrifiés de la fosse 3bis. Faire honneur aux martyrs de Courrières, aux assassinés de Blanzy, aux calcinés de Forbach, aux lacérés de Merlebach, aux déchiquetés d'Avion, aux gazés de Saint-Florent, aux brûlés de Roche-la-Molière. Aux huit de La Mûre, qu'une galerie du puits du Villeret avait ensevelis. J'allais rendre vérité aux grévistes de 1948, aux familles expulsées des corons, aux blessés, aux silicosés, à tous les hommes morts du charbon sans blessures apparentes. Rendre justice aux veuves humiliées, condamnées à rembourser les habits de travail que leurs maris avaient abîmés en mourant. » (p. 130)

9,5/10 Sorj Chalandon, "Le Jour d'avant", Germinal, Émile Zola

dimanche 26 novembre 2017

MILLÉNIUM 5. LA FILLE QUI RENDAIT COUP POUR COUP / David Lagercrantz

Millénium 5. La fille qui rendait coup pour coup, Arles, Actes Sud, coll. « Actes noirs », 2017, 401 p. Roman traduit du suédois : Mannen som sökte sin skugga, par Hege Roel-Rousson. D'après les personnages créés par Stieg Larsson (1954-2004).

À nouveau, le journaliste Mikael Blomkvist et la hackeuse de génie Lisbeth Salander se retrouvent au coeur de ce cinquième tome de la série Millénium. Axé sur les questions de recherches génétiques et de gémellité, ce roman, toujours bien écrit et toujours plein de rebondissements, m'apparaît plus faible que le précédent, plus conventionnel, plus attendu.

Mais ce qui me déçoit le plus, c'est que la maison Actes Sud arnaque le lecteur en présentant en couverture Camilla et Lisbeth, les deux soeurs « fausses jumelles » (ayant en commun la moitié de leur ADN), qui s'affrontaient dans le quatrième tome, laissant ainsi entendre que le cinquième tome met en scène ces deux personnages. À mon grand dam, il n'en est rien. Cela se produira peut-être dans un sixième ou septième tome... Qui sait.

Lire la critique de Macha Séry, « Retour de la saga « Millénium » : le tome 5 cède à la facilité », Le Monde, 9 septembre 2017.

7/10 David Lagercrantz, Stieg Larsson, "Roman policier suédois", Millénium, Lisbeth Salander, Mikael Blomkvist, "La fille qui rendait coup pour coup"

vendredi 24 novembre 2017

DENIS CÔTÉ CINÉASTE PAS SI LISSE / Chronique de Marc Cassivi

Denis Côté cinéaste pas si lisse, « Arts Cinéma », La Presse +, 24 novembre 2017, p. 13.

« Coup de gueule » du cinéaste québécois Denis Côté, interviewé par Marc Cassivi au sujet de son dixième long métrage, Ta peau si lisse, « essai documentaire contemplatif sur six culturistes québécois », qui prend l'affiche le 8 décembre.

EXTRAIT :

« On produit 35 longs métrages par année pour six millions de francophones au Québec. La Finlande, le Portugal ou l'Autriche font de huit à dix longs métrages. On surproduit parce qu'on est six millions dans un océan anglophone et que c'est un réflexe de survie qui est normal. Je suis heureux d'en faire partie ! Mais dans la masse de ce qu'on produit, il y a énormément de films sans aucun intérêt. Ce qui m'agace dans le cinéma québécois, c'est que tous les films sont faits avec le coeur. Ce qui est fait avec la tête est suspect. J'aimerais qu'on soit dans une usine à idées plutôt que dans une dictature de l'émotion. »

 À LIRE !

9/10 Denis Côté, Marc Cassivi, "Ta peau si lisse", Culturisme, "Cinéma québécois"

jeudi 23 novembre 2017

VOYAGES EN FRANCE EN CANOË SUR LES RIVIÈRES DU NORD. AVEC UN BAUDET DANS LES CÉVENNES / Robert Louis Stevenson

Voyages en France. I  En canoë sur l'Escaut, la Sambre et l'Oise II Promenades avec un baudet dans les Cévennes, Paris, Éditions « Je sers », coll. « Oeuvres de Robert Louis Stevenson -  I », 1951, 323 p. Introduction [« R.L. Stevenson, sa vie, son oeuvre », p. 9-18], traduction et notes par Léon Bocquet ; frontispice de Roger Parry ; ill.

I En canoë..., p. 19-180 ; II Promenades..., p. 181-320.

« Voyage en canoë sur les rivières du Nord (An Inland Voyage, 1878), voyages à travers la France et la Belgique. Édité par 10/18 en français à l'occasion du centenaire en 1978: La France que j'aime (chapitre principal avec deux autres chapitres: « Voyage avec une palette et des pinceaux » sur la forêt de Fontainebleau et ses peintres et « Voyage à travers les livres » sur quelques auteurs français). Édité en français par la Nouvelle Société des Éditions Encre, Paris, en 1985 sous le titre Canaux et Rivières, d'Anvers à Compiègne.

Voyage avec un âne dans les Cévennes (Travels with a donkey in the Cévennes, 1879), un des premiers livres présentant la randonnée et le camping comme des activités de loisirs (il s'agit du premier essai décrivant des sacs de couchage). » Wikipédia

Né le 13 novembre 1850 à Édimbourg (Écosse), décédé le 3 décembre 1894 dans une île de la Polynésie (Samoa), Robert Lewis Balfour Stevenson est davantage connu pour ses romans d'aventure, publiés après ces récits de voyage : L'Île au trésor, La Flèche noire, Les Aventures de David Balfour, Catriona, Le Trafiquant d'épaves, L'Étrange Cas du Dr Jekill et de M. Hyde, etc.

Depuis plusieurs années, mes amis et voisins, André et Ginette Major, me recommandaient chaudement la lecture des romans de Stevenson. Croyant qu'il s'agissait de romans d'aventures « pour adolescents », ce qui n'est nullement le cas, je faisais la sourde oreille, pour finalement me rabattre sur ses récits de voyage en France, ce que je n'ai pas regretté.

Réalisés entre 1874 et 1878, ces voyages en canoë et avec une ânesse, appelée Modestine, sont décrits avec précision, tant les paysages que les humains, les lieux et conditions météorologiques que les aventures et mésaventures. Stevenson ne se contente pas de témoigner de ce qu'il voit et entend, il prend parti, avec toute sa retenue anglaise, son « apparent » conservatisme bourgeois et protestant, son machisme d'homme du XIXe siècle. Toutefois, l'écriture, sobre et limpide, rarement grandiloquente, la qualité des descriptions, l'esprit d'aventure et l'audace en font des récits attrayants, agréables à la lecture, des souvenirs d'un monde disparu.

Avec son ami Walter Simpson, Stevenson entreprend, depuis Anvers, par l'Escaut, le canal de la Sambre et l'Oise, ce périple avec deux canoës, appelés L'Aréthuse et La Cigarette, le premier en chêne robuste, l'autre en cèdre lisse. Connu sous le sobriquet de « Paletot de velours », Stevenson y fera d'ailleurs la connaissance d'une Américaine, Fanny Osbourne, née Van de Grift, âgée de 37 ans et mère de deux enfants, qu'il épousera en mai 1880, en Californie.

Après le départ de Fanny pour San Francisco, en 1879, afin d'obtenir son divorce, « déçu et en proie au doute, il part s'isoler au Monastier-sur-Gazeille. Depuis cette localité, il effectue une randonnée en compagnie d'une ânesse, nommée Modestine ; le bât fixé sur l'animal est un sac servant à contenir ses effets et son sac de couchage. Parti le de Haute-Loire, il atteint douze jours plus tard la petite ville de Saint-Jean-du-Gard. Son parcours a cheminé dans le Velay, la Lozère ou ancien pays de Gévaudan (mont Lozère et Cévennes), en passant par les communes de Langogne, Luc, Le Bleymard, Le Pont-de-Montvert, Florac et Saint-Germain-de-Calberte, en pays camisard. Aujourd'hui, cette randonnée de 230 km est connue sous le nom de « chemin de Stevenson » et référencée comme sentier de grande randonnée GR70. » Wikipédia

Extraits :

« On ne devrait entretenir aucune correspondance en voyage. Il est assez fâcheux d'avoir à écrire, mais recevoir des lettres, c'est la mort sans phrases de toute sensation de congé.

« C'est hors de mon pays et de moi-même que je m'en vais ». Je veux, pendant un certain temps, faire un plongeon dans de nouvelles conditions d'existence, comme on plonge dans un autre élément. Je n'ai rien à faire avec mes amitiés et mes affections, pendant ce temps. [...] Vous tirez la ficelle et je sens que je suis un oiseau attaché. Vous me poursuivez, à travers toute l'Europe, de ces petites tracasseries que j'entendais éviter par mon départ. Il n'y a pas de rémission dans le combat de la vie, je le sais trop, mais n'y aura-t-il point seulement au moins une semaine de congé ? » (p. 135)

« Pour ma part, glissant sur cette route mouvante dans ma boîte à violon de canoë, je commençai à aspirer après mon océan. Un désir de la vie civilisée tôt ou tard, s'empare de l'homme civilisé. J'étais las de manier la rame, las de vivre aux abords de la vie, je désirais me retrouver au beau milieu, je désirais me remettre au travail ; je désirais rencontrer des gens comprenant mes paroles, qui fussent avec moi sur un plan égal, être un homme enfin, et non plus une curiosité ! » (p. 163)

« On peut pagayer pendant toute une longue journée, mais c'est quand on rentre chez soi, à la nuit tombante, et qu'on inventorie du regard la chambre familiale que l'on y trouve, assis de chaque côté de l'âtre, l'Amour et la Mort qui vous attendent. Et les plus belles aventures ne sont point celles qu'on va chercher au loin. » (p. 163)

« Quant à moi, je voyage non pour aller quelque part, mais pour marcher. Je voyage pour le plaisir de voyager. L'important est de bouger, d'éprouver de plus près les nécessités et les embarras de la vie, de quitter le lit douillet de la civilisation, de sentir sous mes pieds le granit terrestre et les silex épars avec leurs coupants. Hélas ! tandis que nous avançons dans l'existence et sommes plus préoccupés de nos petits égoïsmes, même un jour de congé est une chose qui requiert de la peine. » (p. 228)

« Stevenson est enterré selon son désir, face à la mer au sommet du mont Vaea surplombant Vailima. Lors de ses obsèques, quatre cents Samoans se relayèrent pour porter son cercueil au sommet du mont Vaea. Sa tombe porte en épitaphe les premiers vers de son poème Requiem, composé à Hyères en 1884. » Wikipédia

Under the wide and starry sky,
Dig the grave and let me lie,
Glad did I live and gladly die,
And I laid me down with a will


Sous le vaste ciel étoilé
Creuse la tombe et laisse-moi en paix;
Heureux ai-je vécu et heureux je suis mort
Et me suis couché ici de mon plein gré

9/10 Robert Louis Stevenson, "Voyages en France", "Promenades avec un baudet dans les Cévennes", "En canoë sur l'Escaut, la Sambre et l'Oise", Léon Bocquet, "Récit de voyage", Robert Lewis Balfour Stevenson

lundi 20 novembre 2017

FRANTZ / Film réalisé par François Ozon

THÉÂTRE OUTREMONT, Montréal, le 20 novembre 2017

Frantz, France, Allemagne, 2016, 113 minutes. R. : François Ozon ; Sc. : François Ozon et Philippe Piazzo. D'après la pièce de Maurice Rostand, L'homme que j'ai tué (1925), et le film d'Ernst Lubitsch, Broken Lullaby (1932). César de la meilleure photographie  (Pascal Marti) - César 2017 (Édition 42) ; Prix Marcello-Mastroianni du meilleur jeune espoir (Paula Beer) - Mostra de Venise 2016 (Édition 73).

Sous les figures tutélaires du Suicidé d'Édouard Manet et de Chanson d'automne de Paul Verlaine, ce film anti-militariste et sur le pardon, sur le mensonge et la vérité, en noir et blanc, illuminé par quelques scènes en couleur, est sans doute le film le plus différent de François Ozon, peut-être son plus beau, sûrement son plus touchant.

« Au lendemain de la guerre 14-18, dans une petite ville allemande [Quedlinbourg, en Saxe-Anhalt], Anna se rend tous les jours sur la tombe de son fiancé, Frantz [Hoffmeister], mort sur le front en France. Mais ce jour-là, un jeune Français, Adrien [Rivoire], est venu se recueillir sur [s]a tombe [...]. Cette présence à la suite de la défaite allemande va provoquer des réactions passionnelles [...]. » (Allociné)

Alternant entre le thriller psychologique, le drame romantique et le mélodrame, François Ozon manipule le spectateur avec adresse dans cette en-quête qui se déroule en Allemagne et en France, menée par deux excellents comédiens : Paula Beer (une révélation) et Pierre Niney (l'interprète d'Yves Saint-Laurent).

Un film à voir et à revoir !

9,5/10 François Ozon, Maurice Rostand, Ernst Lubitsch, "Broken Lullaby", Frantz, "L'homme que j'ai tué", "Drame romantique", "Thriller psychologique", Mélodrame, Paula Beer, Pierre Niney



dimanche 12 novembre 2017

AU REVOIR LÀ-HAUT / Film réalisé par Albert Dupontel

CINÉMANIA (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 31/31

Au revoir là-haut, France, 2017, 117 minutes. R. : Albert Dupontel ; Sc. : Albert Dupontel et Pierre Lemaître. D'après le roman éponyme de Pierre Lemaître, prix Goncourt 2013. Grand Prix Mel Hoppenheim (prix du public), Cinémania 2017.

À grand roman populaire, grand film populaire ! [« Quelque part entre le mélo et la comédie amère, le film trouve un équilibre parfait. » François Forestier, « Du bon, du bon Dupontel », L'Obs, no 2764, 26 octobre 2017, p. 106.]

En clôture de Cinémania, ce grand film constitue une réussite à plusieurs égards. D'abord, dans son adaptation, non seulement fidèle à l'esprit de ce roman, mais qui le complète et le magnifie en modifiant la fin et en mettant l'accent sur le personnage d'Édouard Péricourt, magnifiquement interprété, dans un rôle muet très physique, par l'Argentin Nahuel Pérez Biscayart (120 Battements par minute). La création par Cécile Krestchmar des nombreux masques portés par Péricourt donne aussi une dimension presque féérique à ce récit épique. À souligner également, la prestation glaçante de Niels Arestrup, dans le rôle de Marcel Péricourt, et la forte présence d'Émilie Dequenne, dans le rôle de Madeleine Péricourt (« laide de face, mais belle de dot »).

« Patriotisme de pacotille, boucherie insensée, indifférence de la société de la Belle Époque, tout passe dans cette histoire grandiose qui raconte l'amitié née dans les tranchées entre un artiste peintre atrocement mutilé, [Édouard] Péricourt, et un modeste comptable, [Albert] Maillard [une interprétation remarquée d'Albert Dupontel, le réalisateur]. Leur association débouche sur une gigantesque escroquerie dans la France des années 1920 : la vente de faux monuments aux morts. Mais plane la menace du lieutenant Aulnay-Pradelle, qui, aux dernières heures de la guerre, a lancé un assaut inutile et a assassiné deux soldats. Maillard, le témoin de ce meurtre, et Péricourt, la gueule cassée, vont se venger en découvrant, de leur côté, le trafic des fausses sépultures auquel se livre leur ancien officier. »

François Forestier, « « Rien ne justifiait la guerre de 1914-1918 ». Le grinçant ALBERT DUPONTEL porte à l'écran le roman de PIERRE LEMAÎTRE sur la Grande Guerre, « AU REVOIR LÀ-HAUT », prix Goncourt 2013. Dialogue complice entre deux francs-tireurs », L'Obs, no 2763, 19 octobre 2017, p. 88-91.

Sortie du film au Québec : 22 décembre 2017 ! 

9/10 Albert Dupontel, Pierre Lemaître, "Au revoir là-haut", "Comédie dramatique française", "Première Guerre mondiale", "Cinémania 2017"

BILAN CINÉMANIA 2017 (classement sur 10) :

10 : Carré 35

9,5 : Jalouse ; Barbara ; Le Redoutable ; Le Fidèle

9 : Au revoir là-haut ; L'Amant double ; Marvin ou la belle éducation

8,5 :  Chez nous

8 : Lola Pater ; Prendre le large ; Orpheline ; Tout nous sépare ; Diamant noir ; Le Sens de la fête

7 : Happy End ; Cessez-le-feu ; Barrage ; Nos Années folles

6,5 : Pris de court ; Numéro Une ; Crise R.H. (Corporate)

6 : Planétarium ; Bonne Pomme ; La Confession ; Un beau soleil intérieur

5 : Demain et tous les autres jours ; Chacun sa vie ; Aurore

4,5 : Rock'n Roll

4 :  Une vie violente




 



ROCK'N ROLL / Film réalisé par Guillaume Canet

CINÉMANIA  (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 30/31

Rock'n Roll, France, 2016, 123 minutes. R. : Guillaume Canet ; Sc. : Guillaume Canet, Philippe Lefebvre et Rodolphe Lauga.

Satire de la célébrité et de la « crise de la quarantaine », ce film auto-fictionnel met en scène Guillaume Canet et Marion Cotillard dans leur quotidien d'époux, de parents et de comédiens, avec toute une ribambelle d'acteurs connus : Johnny et Laeticia Hallyday, Gilles Lellouche, Yvan Attal, etc. Bottin mondain du milieu cinématographique parisien, cette comédie qui démarre sur les chapeaux de roues s'écrase dans le fossé, à mi-parcours, pour notre plus grande déception...

En effet, Guillaume Canet sombre dans le ridicule en se voulant plus rock et en se travestissant en culturiste botoxé et gonflé aux hormones, sans compter Marion Cotillard qui adopte un « joual québécois » à trancher au couteau, pour un rôle dans un film de Xavier Dolan... Amusant au début, cet essai peu convaincant (voulu ?) finit par tomber sur les nerfs, tout comme le film lui-même... 

[Sur cette parodie du « joual », lire la chronique d'Odile Tremblay, « Question d'accent », dans Le Devoir du 30 novembre 2017, p. B 8.]
 
4,5/10 "Rock'n Roll", Guillaume Canet, Marion Cotillard, "Comédie française", Xavier Dolan

LOLA PATER / Film réalisé par Nadir Moknèche

CINÉMANIA (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 29/31

Lola Pater, France, Belgique, 2017, 95 minutes. R. et Sc. : Nadir Moknèche.

Après l'enterrement de sa mère, immigrante algérienne, Zino part à la recherche de son père, Farid, qu'il n'a pas revu depuis 25 ans. Il découvrira que celui-ci n'est pas retourné en Algérie, mais qu'il a changé de sexe et qu'il vit avec une autre femme. Le film, réussi, repose sur les tentatives de rapprochement et de réconciliation de deux êtres que tout sépare.

Si le réalisateur a choisi Fanny Ardant pour incarner Lola Pater, plutôt qu'un transgenre, c'est qu'il souhaitait une véritable comédienne de métier, et ça fonctionne, au point que l'on finit presque par croire que Fanny Ardant a vraiment changé de sexe...

Film conventionnel, certes, qui ne révolutionne ni les codes cinématographiques ni les questionnements sur les « genres », mais qui a le mérite de raconter une bonne histoire, avec émotion et crédibilité.

8/10 "Lola Pater", "Comédie dramatique", Transgenre, Fanny Ardant, Nadir Moknèche

PLANÉTARIUM / Film réalisé par Rebecca Zlotowski

CINÉMANIA (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 28/31

Planétarium, France, Belgique, 2016, 108 minutes. R. : Rebecca Zlotowski ; Sc. : Robin Campillo et Rebecca Zlotowski.

« N'attendre rien. Espérer tout. »

Paris, années 1930. Kate et Laura Barlow (interprétées par Lily-Rose Depp et Natalie Portman), deux mediums américaines, parcourent l'Europe. Un riche producteur de cinéma, André Korben, les associe à un projet fou et ambitieux, capter en images la présence d'un esprit lors d'une séance de spiritualisme. Toutefois, la guerre perturbera leurs ambitions, d'autant plus que Korben est juif polonais (Korbinski).

Ce film sur l'étrangeté, les phénomènes paranormaux et le cinéma, avec la participation de comédiens connus (Louis Garrel, Natalie Portman), avait tout pour emporter l'adhésion. Malheureusement, un scénario alambiqué et une réalisation touffue, tape-à-l'oeil, dispersée, pour ne pas dire morcelée en de multiples saynètes font de cet objet de beauté (décors et images somptueuses) un objet d'ennui et d'incompréhension.

6/10 Planétarium, Rebecca Zlotowski, "Drame franco-belge", Spiritisme, "Histoire du cinéma"

samedi 11 novembre 2017

BONNE POMME / Film réalisé par Florence Quentin

CINÉMANIA (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 27/31

Bonne Pomme, France, 2017, 101 minutes. R. : Florence Quentin ; Sc. : Florence Quentin et Alexis Quentin.

Comédie amusante et sans prétention autre que de donner l'occasion au couple Deneuve/Depardieu de se retrouver et de divertir la galerie. Tourné dans le Gâtinais, ce film met en opposition un garagiste au grand coeur et une aubergiste portée sur la dive bouteille, avec tout ce que cela entraîne comme conséquences désastreuses.

Ce dixième film partagé entre ces deux monstres de l'écran, passablement ringard de par son scénario éculé, ses invraisemblances et son côté franchouillard, n'offre guère d'intérêt autre que leurs retrouvailles et le plaisir de re-découvrir une Catherine Deneuve tout à fait à l'aise dans la comédie.

Une « bonne pomme », un beau trognon...

6/10 Florence Quentin, Gérard Depardieu, Catherine Deneuve, "Bonne Pomme", "Comédie française"

CHEZ NOUS / Film réalisé par Lucas Belvaux

CINÉMANIA (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 26/31

Chez nous, France, Belgique, 2017, 119 minutes. R. : Lucas Belvaux ; Sc. : Lucas Belvaux et Jérôme Leroy. Adaptation du roman de Jérôme Leroy, Le Bloc, publié en 2011 dans la collection « Série noire » de Gallimard.

Ce film politico-social, engagé dénonce la dialectique des partis politiques populistes, la manipulation des personnes et des idées, le Front national de Marine Le Pen n'étant guère éloigné du Bloc patriotique qui fait campagne dans le Nord de la France et qui réussit à prendre dans ses filets Pauline Duhez, infirmière itinérante, très populaire auprès des personnages âgées et des laissés-pour-compte dans les villages avoisinant les villes de Lens et de Lille.

Interprété par Émilie Dequenne, vibrante et convaincante, le personnage de Pauline apparaît au départ quelque peu naïf, coeur sur la main, écartelé entre un père manifestant communiste et un amoureux extrémiste, proche des néonazis ; le personnage d'Agnès Dorgelle, jouée par Catherine Jacob, lui, est davantage proche de la caricature, tant physique que morale, et aurait gagné à plus de subtilité. La charge n'en aurait été que plus forte. Par contre, André Dussollier, dans un de ses meilleurs rôles, celui du docteur Philippe Berthier, médecin de campagne, ex-député européen pour le Bloc patriotique, est d'un manichéisme percutant et troublant.

Il n'empêche que, en dépit de certains défauts, ce film entraîne le spectateur, Lucas Belvaux réussissant particulièrement à rendre crédibles et étouffants les rassemblements politiques et les manifestations populaires, sans négliger les exactions commises à l'encontre des migrants illégaux du Pas-de-Calais.

8,5/10 Lucas Belvaux, Marine Le Pen, "Front national", Émilie Dequenne, "Drame franco-belge", "Drame politico-social", Jérôme Leroy, "Le Bloc", André Dussollier

vendredi 10 novembre 2017

LA CONFESSION / Film réalisé par Nicolas Boukhrief

CINÉMANIA (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 25/31

La Confession, France, Belgique, 2017, 116 minutes. R. : Nicolas Boukhrief. Adaptation du roman Léon Morin, prêtre de Béatrice Beck (Prix Goncourt 1952). Prix d'interprétation féminine à Marina Vacth, Festival du film de Sarlat 2016 (Édition 25).


Revoir Marina Vacth dans le rôle de Barny, immédiatement après sa prestation éblouissante dans L'Amant double de François Ozon, relève presque de l'hallucination... Si celle-ci tire brillamment son épingle du jeu dans le rôle d'une athée communiste troublée par Léon Morin, le nouveau curé d'un petit village français sous l'occupation allemande à la fin de la Seconde guerre mondiale, on ne peut en dire autant de Romain Duris. Bien que ce dernier joue convenablement sa partition, il est beaucoup trop mûr, trop sûr de lui, apparaît peu crédible dans ce rôle d'un jeune prêtre fragile, inexpérimenté, troublé dans sa chair et dans sa foi...

Cette deuxième adaptation cinématographique du roman de Béatrice Beck, la première [Léon Morin, prêtre] datant de 1961, réalisée par Jean-Pierre Melville, avec Emmanuelle Riva et Jean-Paul Belmondo (Melville qui résumait le roman ainsi : « l'histoire d'un curé « qui aime exciter les filles et ne les baise pas »» [François Forestier, L'Obs, no 2764, 26 octobre 2017, p. 108], n'apporte rien de nouveau, ni au roman ni à la première adaptation, si ce n'est de réunir deux excellents comédiens dans une confrontation spirituelle et charnelle qui se dégonfle comme un mauvais soufflé...

La question qui demeure : Pourquoi ?

6/10 "Léon Morin, prêtre", "La Confession", Nicolas Boukhrief, Béatrice Beck, Marina Vacth, Romain Duris, "Drame français", Jean-Pierre Melville

L'AMANT DOUBLE / Film réalisé par François Ozon

CINÉMANIA (Montréal, du 2 au 12 novembre 2017) 24/31

L'Amant double, France, Belgique, 2017, 107 minutes. R. : François Ozon ; Sc. : François Ozon et Philippe Piazzo. D'après l'oeuvre de Joyce Carol Oates, Lives of the Twins (1987), publiée sous le nom de Rosamond Smith et traduite en français (1989) sous le titre de L'Amour en double.

En dépit de ses outrances, ce thriller-érotico-psychologique m'a fasciné, visuellement et musicalement, m'a enfoncé dans mon siège grâce au jeu charnel et dérangeant de Marina Vacth et de Jérémie Renier, dans le double rôle des jumeaux.

Mais attention ! Ce film ne s'adresse pas à tous, car il faut avoir le coeur bien accroché pour résister à ces scènes torrides et violentes, à ce maelstrom d'images oppressantes et plus troublantes les unes que les autres, à ce scénario tordu, qui réfère aux univers d'Alfred Hitchcock et de Brian de Palma.

Comme toujours dans les films d'Ozon, la réalisation se révèle inventive, d'une grande beauté formelle.

9/10 François Ozon, Joyce Carol Oates, "L'Amant double", Marina Vacth, Jérémie Renier, "Thriller érotique", "Thriller psychologique"